Quitter les hauteurs. Amorcer le retour. Ce matin, tout est silencieux. Le vent s’est calmé, comme si la montagne retenait son souffle. Un dernier regard vers les glaciers, vers ces étendues blanches qui ont l’air de dormir sous le ciel pâle.
L’Everest en toile de fond, l'Ama Dablam toujours présent, mais déjà, il ne nous appartiennent plus. Ou peut-être qu’il nous appartiennent, mais autrement, à l’intérieur.
Nous reprenons les sentiers vers le sud.
La descente paraît plus facile, mais le cœur, lui, pèse davantage, presque nostalgique.
À chaque pas, les paysages changent : les roches se teintent de brun, l’air se fait plus doux, les premières herbes réémergent, comme si le monde reprenait lentement ses couleurs. Les villages réapparaissent. Des enfants nous saluent en riant, des "Namasté" retentissent au détour du chemin, des chiens trottinent à nos côtés. Les drapeaux de prières continuent de claquer dans le vent. Nous reconnaissons certains sentiers de l’aller, pourtant tout semble différent. Ce n’est pas la montagne qui a changé, mais nous.
Le soir, autour du poêle, les voyageurs se racontent leurs histoires. Certains parlent déjà du retour à Katmandou, des avions, du bruit, de la vie qui attend. D'autres, plus silencieux, écoutent le crépitement du feu ou le murmure du vent qui descend de la vallée.
En nous monte une paix nouvelle, une appréciation particulière du moment présent, qui nous fait parfois défaut dans le quotidien du bas.
Nous repensons aux 4 millions de pas (!) effectués lors de cette grande traversée, à la fatigue, à la neige, au froid, aux prières psalmodiées dans les monastères parfumés d'encens et aux merveilleux paysages découverts tout au long de ces 2000 kilomètres à traverser l'Himalaya.
Tout cela vit encore en nous, comme une respiration calme, régulière.
Bientôt, nous redescendrons dans la dernière vallée, puis à Katmandou, puis au monde.
En sachant que, quelque part, sur ces sentiers de haute altitude, une partie de nous marchera toujours, face au vent, vers le ciel.















