Les collines du Solu
Au sud du pays Sherpa, les collines du Solu ondulent comme un poème ancien.
Leur verdure respire encore la douceur des basses altitudes à Sanam, Khiraule ou encore Sibuje.
Les chemins s’enroulent autour des terrasses,
où l’orge, le blé et la pomme de terre se partagent la terre maigre avec les courges et les christophines qui galopent sur les toits bleus.
Les rhododendrons s’ouvrent comme des flammes dans la brume du matin.
Ici, la vie avance lentement, au rythme du pas et du vent.
Les femmes s'activent dans les champs,
les hommes mènent les yaks et les chèvres le long des crêtes.
La journée s’écoule entre le travail et le dahl bat,
dans cette paix âpre que le monde moderne a oubliée.
Le soir, la fumée s’élève des toits de tôles ou de pierres .
Les maisons exhalent l’odeur du bois brûlé,
et le thé noir réchauffe les lèvres.
Les enfants jouent dans la poussière,
et les quelques drapeaux de prières chuchotent aux quatre vents
les mots de compassion qui tiennent le ciel en équilibre.
Là où la montagne s’élève
Plus haut, la jungle puis la forêt s’efface.
Les pins se font rares, les torrents deviennent des rubans d’argent,
et la lumière gagne en pureté ce qu’elle perd en chaleur.
Nous entrons alors dans le Khumbu — royaume du froid, du vent, du silence.
Les villages s’accrochent à la pente comme des pensées obstinées.
Kori Kharka, Paya, Pangboche :
autant de noms qui sonnent comme des prières murmurées où les guest houses fleurissent et éloignent l'authenticité des lieux.
Les monastères tels que Phakding veillent,
leurs murs rouges blanchis par le temps et les saisons.
Les moines y psalmodient des syllabes millénaires,
que le vent emporte jusqu’aux glaciers.
Le royaume du silence
Qu' est devenu le temps où le Khumbu n’avait pas besoin de mots.
Ici le monde se taisait pour mieux respirer.
Les montagnes veillaient, les glaciers gémissaient,
et le ciel se faisait d’un bleu si pur qu’il brûlait les yeux.
Les guest houses et les touristes ont envahi les lieux, égratignant la beauté et le silence.
La vie à la hauteur du monde
Qu'est devenu le temps où le soir, les foyers rougissaient dans les quelques maisons de granit.
On s’asseyait autour du poêle à bouse séchée,
on buvait du thé salé,
on parlait peu.
Dehors, les étoiles s’allumaient, immobiles,
comme si la nuit priait.
Les Sherpas souriaient d’un sourire intérieur,
celui de ceux qui avaient compris que vivre ici,
c’etait dialoguer chaque jour avec l’éphémère.
Ils ne cherchaient pas à dompter la montagne :
ils la saluaient, humblement,
comme on s’incline devant un dieu.
Ascension de l’âme
Nous poursuivon notre route dans cet hymalaya land aux couleurs de l'hérésie humaine et aux bruits des hélicoptères qui déversent les touristes dans un va et vient incessant.
Dans notre bulle pour affronter ce spectacle, le souffle devient prière,
le pas devient offrande.
Chaque pierre franchie efface un poids,
chaque souffle gagné est une victoire sur soi-même.
Le Solu Khumbu n’est pas un lieu à traverser,
mais une élévation intérieure dans un temps suspendu.
La montagne n’est pas un obstacle,
elle est un miroir,
elle renvoie l’homme à sa propre fragilité,
et lui rappelle, dans le silence,
qu’il est fait de poussière, de souffle, et de lumière. Combien savent encore l'entendre !












