· 

Au sud du Makalu : le versant oublié de l’Himalaya

Quand nous quittons les glaces et les vents du sommet, le monde bascule soudain. Le versant sud du Makalu, c’est un dégradé de mondes : la haute montagne, d’abord austère et minérale, cède lentement à la vie. Les moraines s’effritent, les torrents deviennent rivières, et les pentes se couvrent de rhododendrons, de forêts de bouleaux et de bambous. C’est le royaume du Makalu-Barun, un parc national presque secret, l’un des plus sauvages du Népal.

 

Les villages y sont rares, isolés, suspendus à flanc de montagne. Les habitants, principalement des Rai et des Sherpa,vivent dans une harmonie fragile avec un environnement rude et magnifique. Les cultures sont  le millet, les pommes de terre et l’orge sur des terrasses vertigineuses, et les toits de tôle bleue résonnent sous la pluie de la mousson bien tardive. Ici, tout semble plus lent : le temps s’étire comme le sentier qui serpente entre les vallées.

 

Les vallées du Barun et de l’Arun, nourries par la fonte des glaciers, sculptent le paysage. Leurs eaux grondent, blanchâtres et furieuses, alors que la jungle s’épaissit. Les singes rouges s’y faufilent,  a l'abri des regards et parfois, au détour d’un sentier, on se met à rêver des empreintes d’un léopard des neiges descendu trop bas. L’air y est chargé d’humidité et de parfums ( mousse, terre, feuilles )un contraste presque irréel après les désolations de la haute altitude.

 

Plus au sud encore, les montagnes s’adoucissent. C'est en jeep que nous decouvrons les paysages ruraux sous une pluie battante qui nous accompagne depuis quelques jours. Les sentiers deviennent torrents et les routes traversent les flots tumulteux avant de s'effondrer sous le poids de l'eau quelques kms plus loin. Une journée pour faire 45 kms en jeep et dejouer les pieges tendus par la nature. Les cimes enneigées disparaissent derrière les nuages, et le Népal rural reprend ses droits : chemins de mulets, prières gravées sur les pierres mani, moulins à prières tournant sous le vent. Les gens y vivent loin de Katmandou, loin du monde, dans une sorte d’équilibre ancien.

 

C’est une région où la nature domine encore, impérieuse. Le Makalu y règne comme un dieu silencieux, veillant sur un territoire où le sacré et le sauvage se confondent. Peu de voyageurs s’y aventurent, mais ceux qui le font parlent d’un lieu où l’on sent encore battre le cœur originel de l’Himalaya.